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STONE TEMPLE PILOTS

Stone temple pilots photo de 1994


INTERVIEW 1994. HARD'N HEAVY Magazine


VICTIME EXPIATOIRE D'UNE CERTAINE PRESSE QUI N 'AVAIT VOULU Y VOIR QU'UN ERSATZ DE PEARL JAM, STONE TEMPLE PILOTS TIENDRAIT-IL SA REVANCHE AVEC LE RAZ-DE-MARÉE CRÉÉ PAR PURPLE, SON SECOND ALBUM? HARD N' HEAVY REVIENT SUR LA TRAJECTOIRE D 'UN GROUPE QUI A AU MOINS LE MÉRITE DE NE LAISSER PERSONNE INDIFFÉRENT.
 

                
 

S'il y a bien un groupe qui doit se marrer en ce moment, c'est Stone Temple Pilots. Après avoir failli se séparer, laminé par les nombreuses attaques qu'il a subies de la part d'une presse qui le considérait tour à tour comme "un vil imposteur", "un opportuniste sans scrupule", "un clone de (rayer la mention inutile) - Pearl Jam - Nirvana - Alice ln Chains", "un attardé du grunge", voilà qu'il se retrouve seul en tête d'une course où les meilleurs pronostiqueurs le plaçaient bon dernier.
Sans bénéficier de la surexposition médiatique de ses "confrères" de Seattle, STP a brillamment surmonté le cap difficile du second album, rééditant l'exploit du premier, Core, avec une facilité déconcertante. On ne peut pas en dire forcément autant de tout le monde. (NDLR: Vous visez qui, là, au juste, très cher? Allez au bout de vos récriminations, que diable! Essaieriez-vous malignement de refancer un débat houleux à propos de la carrière d'un groupe que nous ne citerons pas mais dont le nom commencerait par Pearl et se terminerait par Jam, hum?).
Et si l'ambiance étaient plutôt tendue lors de la sortie de Purple, près de quatre millions d'albums vendus plus tard et une tournée américaine à guichets fermés nous renvoient aujourd'hui l'image de musiciens d'une sérénité quant à leurs possibilités à faire pâlir d'envie Vedder, Cornell et Staley réunis. Le soi-disant "mauvais élève" serait-il en passe de devenir premier de la classe? On pourrait le croire en effet et ce ne serait que justice, car contrairement aux autres, il n'a pas vraiment été aidé.
En toute logique, Scott Weiland fait donc aussi peu confiance aux journalistes qu'aux professeurs qui ont vainement essayé de lui inculquer un tant soit peu de discipline étant jeune.

Weiland : Tout ce qui de près ou de loin représente l'autorité, comme ceux qui s'érigent en donneurs de leçons, me révulse. Je ne supporte pas qu'on vienne me dire ce que je dois faire ou comment le faire. Pour ce qui concerne la presse, c'est pareil. Il n'y aura jamais aucune passion dans mon coeur pour les rock-critics. Je ne pourrai jamais apprécier des gens qui tirent leur plaisir à en descendre d'autres. Ils restent le cul vissé à leur bureau toute la journée, à bien choisir leurs mots pour casser untel ou répandre des rumeurs. Les groupes ne sont rien d'autre pour eux que des cibles dans un jeu de fléchettes. Je sais qu'il me faudrait être au-dessus de ça mais je ne peux pas mentir et prétendre que je ne suis pas blessé quand quelqu'un qui ne te connaît ni d'Eve ni d'Adam s'amuse à te poignarder, autant personnellement que musicalement. Quand la musique n'est pas totalement absente de ses "préoccupations".

Mais, pour mieux comprendre ce personnage hors du commun et sa psychologie parfois déroutante (même si, au regard des volées de bois vert dont STP fut la victime, on peut comprendre son aigreur), mieux vaut encore revenir en arrière afin de découvrir le passé tumultueux de ce "grand perturbé".
Né en 1968 à Chagrin Falls, dans l'Ohio, Scott Kent "encaisse" le divorce de ses parents à l'âge de deux ans. Lorsque sa mère se remarie quelques temps plus tard, Scott adopte le nom de son beau-père, Weiland. Son feuilleton préféré est alors Flipper Le Dauphin, si bien que lorsqu'on lui demande ce qu'il voudrait faire dans l'avenir, il répond le plus souvent: "Plus tard, je veux être un dauphin!" Il a quinze ans lorsque sa famille s'installe à Huntington Beach, dans la grande banlieue huppée de Los Angeles. C'est sur cette Côte Ouest éternellement ensoleillée qu'il trouvera une certaine fascination pour certaines substances "psychédéliques".

Weiland : Je n'étais pas accro. Je cherchais juste à m'ouvrir l'esprit. C'était toujours les autres qui semblaient s'inquiéter...

Il y avait tout de même de quoi! Après s'être évanoui un jour en pleine classe, Weiland sera ramené chez lui sur un brancard, sa mère ne trouvant alors d'autre alternative que d'envoyer son fils subir une cure de trois mois dans un hôpital psychiatrique. De retour au lycée, il sera alors traité en paria, devenant l'asocial chronique qu'il est resté à ce jour. À cette époque, cet adolescent est encore peu concerné par la musique, bien qu'il ait fait partie... du fan-club de Kiss! En fait, l'origine de Stone Temple Pilots remonte à sa rencontre avec le guitariste Corey Hicock, qui fréquentait le même lycée que lui. Ce dernier l'initie notamment à The Jam et Buzzcocks. Weiland et Hicock forment ainsi un groupe punk du nom d'Awkward Positions.
En 1986, lors d'un concert de Black Flag, Weiland fait la connaissance du bassiste Robert DeLeo. Les deux hommes découvrent notamment qu' ils sortent avec la même fille! Plutôt renfermé, DeLeo passe le plus clair de son temps en pyjama à enregistrer toutes sortes de bizarreries sur son huit pistes... Son sens de la mélodie frise cependant la perfection et Weiland insiste pour qu'ils forment un nouveau groupe ensemble. Baptisée Swing dans un premier temps, la formation est complétée par le batteur Eric Kretz. Ce dernier Iravaillait alors comme serveur et rêvait de trouver un moyen d'en sortir. Bingo!

Stone temple pilots photo

Hicock ne faisant rapidement plus le poids, il s'effacera au profil d'un nouveau guitariste que Robert DeLeo n'aura pas à chercher loin puisqu'il s'agit de son grand frere Dean. Sur une inspiration aussi subite que mystérieuse, le groupe adopte alors le nom de Mighty Joe Young, apparaissant pour son premier concert, en août 1990, en ouverture d'Henry Rollins au Whisky-A-Gogo de Los Angeles.
Signés par Atlantic le premier avril 1992, les quatre musiciens découvriront cinq mois plus tard que le véritable Mighty Joe Young est un vieux chanteur de blues qui s'apprête à repartir en tournée! L'album Core est alors sur le point de sortir, aussi le groupe utilise le sigle d'une célèbre marque d'huile pour moteur, STP, pour se dénommer Shirley Temple Pussy (" la foufoune de Shirley Temple"... Comme quoi Weiland et ses comparses pouvaient faire preuve d'un certain sens de l'humour), puis Stone Temple Pilots, sa maison de disques préférant infiniment cette deuxième appellation. Allez savoir pourquoi...
Tout semble aller pour le mieux, mais, dès la sortie de son premier single, "Sex Type Thing", le groupe est violemment attaqué par la presse, celle-ci l'accusant de faire l'apologie du viol, sans tenir compte du caractère légèrement ironique des propos de Weiland. Cela n'empêche nullement la vidéo qui accompagne ce morceau de bénéficier d'une rotation intensive sur MTV, l'album commençant du coup et rapidement à se vendre par wagons. Avec le single suivant. "Plush ", les critiques reprendront de plus belle. Plus que la façon de chanter de Weiland, c'est son attitude dans le nouveau clip du groupe qui sera souvent prise pour une singerie pure et simple des mimiques caractéristiques d'Eddie Vedder. Dans un premier temps taxé d'opportunisme, le groupe sera bien vite accusé de plagiat.
STP aura beau refuser l'alléchante proposition d'assurer la première partie de la tournée Aerosmith, préférant jouer en co-tête d'affiche avec les Butthole Surfers, histoire de regagner un tant soit peu de crédibilité, rien n'y fera. En dépit du succès de Purple (l'album avait dépassé les trois millions d'exemplaires vendus, malgré les déclarations répétées d'Eric Kretz régulièrement dispensées sur le même ton ("Tout ça, c'est de l'histoire ancienne. Les programmateurs n'en parlent plus et plus personne ne nous casse les pieds avec ces racontars lors des concerts ... "), Stone Temple Pilots semble perpétuellement en quête de respectabilité.

Eric Kretz : Les gens considèrent nos chansons différemment désormais. Le succès de l'album nous a vraiment rendu heureux dans la mesure ou il a prouvé que les critiques se gouraient complètement en nous collant cette réputation.

Au-de là de son simple succès commercial, Purple allait démontrer (et surtout confirmer) qu'il exista it bel et bien une écriture Stone Temple Pilots et combien Weiland n'était en rien un "compositeur d'opérette"
Certes, la clarté des thèmes el des inspirations n'est pas forcément au rendez-vous, ce que reconnaît volontiers l'intéressé, sans qu'il ne faille considérer celle "tendance" comme un aveu d'échec ou une quelconque limite créative.

Weiland : Certains écrivent des chansons descriptives, d'autres même ne composenl que comme ça. Personnellement j'en suis incapable, dans le sens ou je ne me sens pas à l'aise dans ce cas de figure particulier. Ce que j'écris, c'est ce qui me traverse l'esprit à tel ou tel moment, sans trop savoir pourquoi, sans trop savoir comment. Réagir à l'instinct, systématiquement ou presque, voilà ma règle. C'est d'ailleurs comme ça que je fonctionne tout le temps, pas seulement quand il me faut pondre une chanson. Si je n'ai pas mon carnet avec moi, mon petit journal de bord, mes poches se remplissent vite de bouts de papiers de toutes sortes, où sont griffonnés au hasard une idée, une phrase, voire un simple mot. Dans ces moments-là, je prends tout ce qui me passe sous la main et ça devient vite très ... grave!

Quoi qu'il en soit, carnet de notes ou pas, satisfaction d'un auteur ou pas, le moral des musiciens fut tout de même fortement perturbé, à tel point que Weiland avoua que les relations au sein du groupe étaient au bord de la rupture.

Weiland : Pendant toute la période où nous avons composé les morceaux de Purple, nous ne nous adressions pratiquement plus la parole. Nous en etions arrives à penser que ce serait notre dernier album ensemble. Je sais que Robert a lui aussi traversé des moments pénibles. J'imagine le genre de sentiments qu'il devait éprouver au fond de lui.

L'album terminé, Weiland fut ainsi à nouveau obligé de passer un séjour en hôpital psychiatrique.

Weiland : C'était très dur à supporter pour moi. J'étais tout il fait prêt à accepter des comparaisons avec les Doors, ou n'importe quel groupe appartenant au passé. Mais être sans cesse associé à des groupes actuels... Cela m'a rendu très amer. Au départ, mon instinct me disait d'ignorer tout ça. Mais plus le temps passait et plus cela devenait difficile. Je me sentais profondément blessé et je commençais même à craquer. La presse rock nous a complètement gâché le plaisir de notre premier album. J'éprouve beaucoup d'estime envers Eddie Vedder et les valeurs ou les idées qu'il défend. C'est un artiste très respectable. Mais je n'ai jamais eu l'impression que si l'on nous plaçait côte à côte, nous aurions l'air de frères siamois ou quelque chose dans le genre.

Eric Kretz : Avec le succès de Purple, tout semble rentrer dans l'ordre au sein du groupe. Nous contrôlons beaucoup mieux ce qui se passe autour de nous maintenant. Jusqu'à présent, presque tout nous tombait dessus par accident. Les relations entre Scott et Robert ne sont ni pires ni meilleures que les années passées. Simplement, ils ont changé. Nous avons tous changé et appris à nous satisfaire de ce que nous sommes, en tout cas plus qu'avant.

Un bonheur malgré tout fragile, forcément fragile, comme si certaines cicatrices d'un passé récent restaient encore à vif ou que la montée en puissance de Stone Temple Pilots un peu partout sur la planète ne soit source d'autres angoisses et n'engendre d'autres remises en question chez un Weiland manifestement peu préparé à un tel "lessivage" de l'esprit quasi permanent.

Weiland : Je suis beaucoup plus heureux désormais, presque serein. À cause de Purple, moins par son simple succès "comptable" que pour ce qu'il est et représente pour nous. J'ai l'impression que nous sommes en train de saisir une chance de renaissance, de second départ. Pas d'un simple point de vue de carrière mais pour nous-mêmes, en tant que groupe, en terme de relation entre quatre types. Je ne suis qu'un homme comme les autres qui mange, dort, chie, tout ce que tu veux... Mais, parce que j'ai une position à part aux yeux de certains, on fait de moi un super-héros, sur qui les choses devraient glisser et ne jamais m'atteindre. Comportement de merde! Mensonge! Je peux être blessé dans mes sentiments, exprimer de la colère, de la haine, comme n'importe quel péquin moyen! Et c'est ce genre d'incompréhension, ce fossé entre la façon dont on te perçoit à l'extérieur et ce que tu ressens vraiment, qui peut te faire perdre le fil et la foi dans ce que tu cherchais en faisant de la musique au départ, ce désir plus fort que tout de jouer toute une nuit dans un garage et faire le plus de bruit possible...