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INDEX\ INTERVIEWS\ LE MOIGNON                          
 

-> FANZINE DE BD, GRAPHISME INDEPENDANT ET HUMOUR <-

°((°((°((  Interview juin 2011  ))°))°))°


"Le moignon c'est comme le braille, mais on le lit avec les dents..."


                     

 

1. Salut! Tu peux nous présenter un peu le fanzine et son état d'esprit?

LentéChris : Yo. Hé bien c'est un fanzine basé sur un petit noyau dur de quelques dessinateurs et écrivains, notamment ma gueule et Yves Remords, qui sommes à l'origine du projet - avec divers autres participants gravitant autour du truc de façon plus sporadique ; pas de thème particulier, le but principal reste la création, dans un esprit trash et/ou insolite et/ou décalé et/ou impertinent et/ou etc… Tu vois le tableau.

Yves Remords: d'abord, qui t'es toi? D'où tu sors? De quel sexe es-tu? Pourquoi ça t'intéresse? Pour qui tu travailles? Sache que je ne répondrai en aucun cas. Sauf en étant sûr de la présence occulte d'un quelconque avocat commis d'office. (Mais je vais tout de même te donner un os à ronger. (Que ça reste entre nous, hein?!...) Prèt pour une bonne vieille logorhée?...Bon, la parturition du moignon s'est déroulée au hameau de Courtançon. Il a poussé ses premiers vagissements de quasi mort-né là, dans les environs de Soissons, charmante petite ville atroce, tombeau de l'ambition ( Ne t'inquiète pas, j'ai piqué la formule à Dylan Thomas.), un bled que même les satellites américains ou russes les plus perfectionnés n'arriveraient pas à détecter, la planque parfaite en cas d'Armaguedon. Je bossais comme animateur à la MJC de Soissons: ateliers de dessin et film d'animation, lorsqu'un jeune type s'est pointé qui cherchait désespérément un dessinateur pour son projet manga dont il avait déjà écrit l'entier scénario. Il demandait au passage que je lui apprenne gratos les rudiments du dessin. Après bien des réticences de ma part, j'aime pas les mangas et j'aime bien être rémunéré, et moult insistances de la sienne, j'ai fini par accepter. On s'est dégoté trois autres gus que le projet intéressait et on s'y est mis, dans mon Q.G campagnard. On s'est vite rendu compte que ça ne collait pas du tout: différences de style des dessinateurs, trous, faiblesses dans le scénario, et tensions entre certains membres de l'équipe. Puis, un jour, je me suis aperçu que c'était moi qui dirigeais toute l'affaire: je retouchais les planches des autres, corrigeais le scénario et les fautes d'orthographe des dialogues, prenais des R.V avec les éditeurs, et empêchais Steph de foutre son poing sur la gueule de Franck etc. Je bénévolais au service d'un taf dont je me foutais comme de ma première paire de chaussettes. L'idée du fanzine m'est alors apparue. Au départ je pensais ainsi faire décompresser les gars en leur proposant de bosser sur des travaux plus personnels avec, pour prétexte improbable, de créer un zine, qu'on a baptisé, aprés bien des palabres arrosés de bière, le moigon. Mais moi, machiavélique salopard, je voyais le truc du haut de mon microscope: un moyen de publier MES nouvelles, poèmes, pamphlets et tout MON bataclan graphique sous plusieurs pseudos. Le moignon était bien parti pour se révéler être un fourre-tout conçu par des artistes provinciaux exaspérants de nullité et, surtout, un moyen de balancer à la face du soissonnais, MES créations. Je concevais personnellement la chose comme une boule puante qu'on aurait balancée aux narines des cerveaux bien pensants de la "bonne société", une bombe provocatrice volontairement sale et ordurière, voir injurieuse, suffisamment maladroite pour offusquer, si elle explosait jamais, un maximum de victimes et pouvoir ainsi contempler la gueule épouvantée ou furieuse, méprisante ou assoiffée de vengeance, des petits bourges-cathos, qui découvriraient, en l'occurence, leurs tendances fort peu pies en fin de compte, et autres minables hobereaux auto-satisfaits, agriculteurs richissimes-culs bénis, pesant lourd dans la balance politique de la région, puisque rapportant du dollar à grand renfort de pesticides, dont toute ambition culturelle était, et reste, une écoeurante dévotion envers les traditions et les usages établis et, surtout, continuer à se reposer douillettement sur leurs lauriers, lovés dans un conformisme éducatif béat " bon-ton" comme un noeud de vipères dans le ventre d'une carcasse, majoritairement représentatifs de la population locale. Un pavé dans l'eau tranquille de la mare soissonnaise sentant à la fois l'eau de rose et le fumier où croupissaient depuis trop longtemps déja ces crabes gavés de tranquillité intellectuelle. Par exemple, chaque année, au centre culturel, nous avions droit à la tournée d'adieux à la scène du Golden Gate Quartet ou d'Eddy Mitchell, un peu trop canaille pour certains, mais il faut savoir rester un peu fou dans sa tête, quoi!... Sinon, question peintures, c'est les expos de mauvais-bons peintres, ou bons-mauvais peintres, comme écrivait, à travers les propos fictifs de Van Gogh, ce bon vieux suicidé de Drieux La Rochelle dans "Les mémoires de Dirk Raspe", son ultime oeuvre, inachevée pour cause de disparition prématurée. Des cons prétentieux finis, anciens 60-huitards devenus petits bourgeois, sans talent pertinent, sans style qui ne devait rien à personne, adeptes de la soupe technique sans âme tangible, ou de pédants ringards avant-gardistes en retard de 100 ans. Bref, les choses habituelles, sans surprise. Du sérieux. Du bon vieux provincial bien prévisible comme tout ce beau monde souhaitait que ce fût. Surtout pas de vaguelettes institutionnelles: du bu-colique, du bon air fleurant la betterave et la sueur d'ouvrier agricole, de la routine, de la paix, messieurs, LA PAIX!... Bien sûr que je suis un putain d'utopiste! Et prétentieux avec ça! 

Le style d'un certain dessinateur du moignon étaient du niveau de l'école primaire. Quant aux textes, une ou deux fautes grossières de grammaire, concordance de temps ou d'orthographe, apparaissaient toutes les trois ou quatre lignes, et la philosophie qui émanait de tout ça ne planait pas au-dessus des pâquerettes. Rien ne révélait ce génie qui somnolait quelque part en eux, restant étrangement et obstinément muet. Tout, dans cette démarche, suintait l'amateurisme et la qualité douteuse. Bref, une bande de mange-merde vélléitaires sans ambition ni conviction définies. Trop jeunes, peut-être. J'avais l'âge d'être le père d'au moins trois d'entre eux ( En exagérant un peu.). En fait, je les regardais bosser, m'enfilant des bières dans mon fauteuil préféré, attendant mon heure. Il n'était plus question de manga: l'autre tirait la tronche. Un aprés-midi je l'ai enfermé à clef dans la cuisine en lui donnant une heure pour nous pondre un scénario qui tienne le coup, sans quoi je me désistais du programme. Il savait que si je mettais ma menace à exécution, les autres lâcheraient aussi l'affaire. Je peux vous dire qu'il s'est magné le cul. Mais ça ne tenait toujours pas la route. Exit le manga.

Nous pensions tirer un nombre limité d'exemplaires du moignon, faute de fric, avec, pour tout moyen, la photocopie, et le mettre en vente 1 euro et quelques centimes, histoire d'essayer de rentrer dans nos frais, à la MJC de Soissons. Sans aucune bécane informatique et quelqu'un de compétent pour la manier, c'est dire combien le truc était, dès le départ, voué à l'echec. Mais malgré mon scepticisme quant à la réussite du projet, j'étais déterminé à tenter la chose, rien que pour ne pas attendre le cul posé sur ma chaise, que me tombe le RMI chaque 5 du mois. La-dessus Lenté Chris, que j'ai connu il y a une 8 aine d'années par l'intermédiaire d'une personne qui pensait, à juste titre, que nous serions certainement en phase avec nos goûts communs pour tout ce qui était tant soit peu trash, décalé, punk, cynique, voire sordide, ou relevant de la dérision la plus caustique, et ses admirables compétences informatiques, est arrivé (Zorro!), qui a sorti le moignon de l'ornière à purin picarde et l'a centralisé à Paris, héritant du même coup d' Yves remords qui était resté cramponné à l'épave, déterminé, en digne capitaine, à demeurer coûte que coûte sur son navire, quitte à sombrer avec, les autres branleurs, qui avaient lâché prise, ayant coulé à pic depuis longtemps, s'étaient marié ou avaient touvé un boulot. Le cri du moignon n'avait été pour eux qu'un loisir, un passe-temps rigolo. Rigoler c'est bien, mais il y a un moment où faut penser aux choses sérieuses et à sa carrière de minable. Au revoir Yves, et bonne chance à toi. Hommes de peu de foi! Depuis c'est Lenté qui tire les rênes. Je me contente de faire une petites couv' de ci, de là, de fournir quelques textes ou dessins ou de faire quelques apparitions sonores dans le CD inséré au dernier numéro du moignon. C'est actuellement Lenté LE concepteur. Il a des contacts que je ne peux avoir, vu l'endroit où j'habite, et la mentalité qui y règne. C'est dur en soissonnocratie de trouver du dissident déterminé. Chris m'aide en ce moment même à installer un site sur le net pour la maison d'édition que j'ai décidé de créer afin de m'auto-publier et, du même coup, publier les copains si ça marche: lui et ses superbes délires graphiques sont en première ligne, pressentis pour la prochaine publication des éditions Lokumen. Fin. Bien entendu, tout ceci n'a jamais été écrit et s'auto détruira dans 5 secondes. Passé ce délai plus une bribe de ce monologue ne subsistera dans les régions mnémoniques de ton cerveau et disparaitra définitivement de ton écran.)



 

2. Pourquoi avoir choisi "Le moignon" comme nom de fanzine? Quelque part, vous sentez-vous amputés créativement?

LentéChris : Comme dit ci-dessus, l'idée est de Yves, il avait déjà un projet de fanzine avec ce nom, qui a malheureusement été avorté dans l'œuf, avant que je ne débarque. On a finalement extrait le blase des filandres de l'embryon mort, on l'a empaillé et on l'a placé sur la couv du premier numéro. Ca faisait joli. Sinon non, on ne se sent pas du tout amputé, ce serait comme dire que le verre est  à moitié vide. Un moignon, ça peut aussi être un chouette appendice, avec lequel on peut réaliser des choses plus ou moins avouables ; enfin, à chacun de faire son histoire avec, et c'est ça qui est cool.

Yves Remords: Ca faisait bien offensif, bien cradingue, bien dérangeant, bien obscène. Ca claquait. A l'origine le fanzine portait, sous le nom, la formule: " Le journal qu'on lit avec les dents ". On pensait surtout aux lecteurs potentiels. Ne dit-on pas " J'ai dévoré tel ou tel bouquin?..." L'illustration de couv', réalisée par ton serviteur, dans un style expressionniste, montrait un type en train de déchirer la gazette à grands coups d'incisives. Mais si tu me caresses bien la paraphrase, me suces bien ma grosse philo à 2 balles et me fais dresser le thésard sophiste, voilà ce que tu pourras en faire éjaculer: tu as visé juste, je suis aussi amputé de la création. C'est pourquoi je m'acharne à continuer. C'est le syndrome du "membre fantôme" dont on sent toujours la présence alors qu'il a disparu. J'aime ce concept. Tel amputé des jambes sentira ses orteils remuer. Il en est ainsi de la création pour moi: on me l'a ôtée, je ne sais quand et comment, mais elle continue son boulot en autonome, enfin débarrassée de la prothèse du cerveau superflu. C'est ce qu'on pourrait appeler de la création automatique. Enfin de l'authentique, de l'essentiel! Mais, si on y réfléchit un peu, l'idée de moignon a beaucoup à voir avec la nostalgie, aussi. L'enfant à qui on vient de couper le cordon ombilical est déja un nostalgique. La nostalgie est un sentiment métaphysique. Au 19 ème, elle était considérée comme une maladie au même titre que la mélancolie, " La bile noire", avec laquelle on la confondait. C'est la prise de conscience de notre constitution d' "être libre". Libre de choisir notre destin. C'est en ça qu'elle est angoissante. Et donc existentialiste ( Mais ça, je développerai plus tard. Il y a une de tes questions qui me parait plus propice à çà.). Pour l'instant restons sur le sujet moignon. Nous sommes tous des nostalgiques de l'utérus et possédons tous en commun ce moignon juste au milieu du bide, un peu au dessus du pubis, prouvant notre statut d'individu indépendant. Plusieurs fois, au cours de notre existence, nous sommes contraints à l'amputation: l'amputation nécessaire du lien parental, par exemple, afin de continuer à vivre dans la liberté de faire des choix. C'étaient nos géniteurs qui, avant, s'en chargeaient pour nous. Le choix est une amputation et\ou l'amputation est un choix. Nous nous amputons délibérément, à des moments charnières de notre vie, de multiples possibilités pour pouvoir continuer à progresser. Sans choix, sans amputation, c'est l'inertie, l'indécision, l'apathie, le renoncement, la NON-VIE, quoi... Le moignon est une trace de choix ( J'aime bien le double sens de cette attestation.), d'une expérience vécue, et ,comme dit Lenté, ça peut être très pratique et servir à un tas de choses. Mais je n'ai jamais tenté de pénétrer une femme avec mon nombril.  

 

3. Comme apparemment la blessure n'a pas été bien cicatrisée, le moignon se remet à suinter plusieurs fois par an... Il semble y avoir un alignement de planètes bien curieux qui fait s'étirer les tissus... Combien de mois de suintements sont nécessaires pour récolter assez de matière? Combien de fanzines avez-vous sorti à présent?

LentéChris : À ce stade, ça se compterait plutôt en années, sachant qu'on en n'est qu'à 3 numéros depuis que le premier est sorti, fin 2006… Il n'y a pas de fréquence précise, parfois les métastases sont en phase de synthèse protéique intensive, parfois, c'est l'inertie la plus totale. Les voies du Moignon sont impénétrables.

Yves remords: Lenté a répondu. Je lui suis redevable et suis à présent son vassal.



 

4. Vos pages contiennent souvent une certaine forme d'humour, parfois assez "sombre"... Pourquoi ne pas appliquer les recommandations du conseil français de la presse nationale (CFDLPN)? Vous prenez de gros risques en abusant d'un domaine interdit: L'humour. Je suppose que c'est pour vous un besoin vital...

LentéChris : J'ai un truc : je me coupe le bout des doigts pour ne pas laisser d'empreintes derrière moi. Comme ça, personne ne peut retrouver ma trace.

Yves Remords: Il est toujours nécessaire d'être armé pour affronter cette chienne d'existence. Et l'humour (dérision, auto-dérison, ironie, absurde, cynisme, causticité...), c'est l'arme absolue pour espérer survivre! L'humour peut faire de très efficaces blessures et, ainsi, créer de très jolis moignons. C'est le mépris des conventions sociales et de la loi qui caractérise l'humour et particulièrement le cynisme: " Ôte-toi de mon soleil." osait dire Diogène, à poil dans son tonneau, pour toute réponse à Alexandre le Grand venu le récompenser en lui demandant ce qu'il désirait. Le cynisme fait dévier le sens de l'ironie socratique (Qu'on ne connait qu'à travers Platon, puisque Socrate n'a laissé aucun écrit. " Je sais que je ne sais rien." c'est de lui, pas de Gabin. L'ironie socratique, pour les ignares, c'est de prouver aux gens, grâce à la discussion et de pertinentes questions, qu'ils sont en complête contradiction avec eux-mêmes, de faire voler en éclat les convictions les plus tenaces. Une sorte de sagesse négative en quelque sorte. Connais-toi toi-même...) vers la dérision, la simplicité, l'impertinence et le non-conformisme. Moignonesque en diable, n'est-il pas?... Quant aux risques, Lenté t'a révélé son truc. Le mien est que (Attention! Là tu tiens un scoop!) mon véritable nom n'est pas Yves Remords.
Ah, j'oubliais: la philosophie cynique prône un retour à la nature ( Véridique!). Le moignon se veut, à présent, résolument urbain et politiquement incorrect. Moi je vis obstinément en rase cambrouse et j'aime pas qu'on fasse souffrir les arbres. Personne n'est parfait. Mais j'en ai rien à branler. De toute façon c'est moi le vétéran, et le moignon, à son stade actuel , n'est pas en mesure de faire la fine bouche question recrues. Enfin, si. Mais c'est moi Boudu sauvé des eaux. Alors...

 

5. J'aime bien les dessins de Lentéchris, ils ont une certaine grosseur, une certaine profondeur qui les rend assez "groovys"... Alors ma question: Quels trucs as-tu pour faire ressortir le gras dans les dessins et te considères-tu comme un précurseur de la 3D télévisuelle? Le dessin pour toi c'est strictement un loisir, ou peut-être que tu bosses dans un domaine assez visuel...?

LentéChris : Dis-donc, t'es un sacré lèche-cul-de-jatte, toi ! Plus sérieusement, merci ; j'ai pas vraiment de trucs, j'aime les dessins à la Crumb, bourrés de traits qui rendent les contrastes ombre et lumière, si c'est de ça que tu veux parler. D'où ce résultat. Après, c'est une question de pratique, mais j'avoue, j'ai aussi fait du dessin pendant mes études d'arts graphiques, ça sensibilise déjà pas mal à ce genre de chose… Sinon, je dessine uniquement pour ma pomme pour le moment, même si j'aimerais un jour en faire un métier, au risque que ça m'en dégoûte tout à fait…  Au fait, c'est quoi le rapport avec le télévisuel ?

Yves Remords: Le graphisme de Lenté Chris a une certaine grosseur, une certaine profondeur qui le rend assez " groovy" et il sait admirablement faire ressortir le gras dans ses dessins. J'aime. Respect.
 

                                                                        

                                                                        

6. Un certain Nagawika, contributeur du moignon, est depuis devenu plus connu pour ses apparitions dans le magazine NOISE... Pas trop jalouses? Vous n'avez pas peur que ses infidélités graphiques ne portent préjudice aux ventes mensuelles de moignons? (D'ailleurs combien d'exemplaires faites-vous circuler de chaque numéro? Avez-vous eu un best-seller approuvé par le Reader's digest?)

LentéChris : On est très contents pour Naga. Sa célébrité nous profite merveilleusement, et si le Reader's Digest ne parle pas encore de nous, c'est qu'on a niqué leur record de vente : trop verts, les gars ! Ils peuvent l'être, c'est pas le pancreas de John ni le colon dilaté de Jack qui arrêteront Le Moignon. Le nombre d'exemplaires, quant à lui, varie pour chaque numéro, en fonction de la somme des doigts des participants multiplié par les bénéfices du numéro précédent divisé par le prix pour l'impression d'une page recto-verso noir et blanc, avec en exposant le dividende du nombre de poils de plus de deux centimètres sur les couilles du capitaine - sachant qu'on épile le capitaine à chaque bouclage, autant dire qu'on tombe jamais sur le même montant -  (le résultat de ce calcul complexe demeure secret, mais magnez-vous de nous commander des Moignons, on est bientôt à court de stock)

Yves Remords: Nagawi qui? Connais pas. Ca m'empêche pas d'être jalouse.


                                                                             

                                                                            
 

7. Quelle est la position de l'équipe du moignon quant à la présence de la bande dessinée et des autres arts graphiques sur Internet? Publier ses travaux sur Facebook c'est bien, mais il manque quand même quelque chose... Ca ne remplace pas à mon avis la publication dans un fanzine papier, ou sur tout autre support physique... Penses-tu que le fanzine papier de BD est un format qui va survivre, ou diminuer petit à petit jusqu'à mourir?

LentéChris : Les publications sur le net devraient être passibles de peine de mort ! Sérieusement, il faut vraiment aimer se bousiller les yeux pour s'enthousiasmer des zines publiés à même le net. Nous sommes en outre matérialistes et le revendiquons, le rapport à l'objet pour nous est important, jusqu'à l'odeur du papier. Le net reste une bonne façon de montrer ses œuvres pour essayer de faire parler de soi, mais merde, les publications écran, tout ça c'est un truc de hippies écolos de pacotille. Nous, les activistes du Moignon, sommes fiers d'abattre des forêts amazoniennes entières pour chaque numéro, et par là-même montrer qui c'est les vrais punks, ici. Des sales réacs comme nous, il y en aura toujours c'est sûr, même si en minorité, donc oui le fanzinat sur support papier survivra à l'ère informatique, comme les cafards nous survivront quand il n'y aura plus d'arbres à couper.

Yves Remords: Je m'en contrefous. Lenté a parlé. J'aime que tout soit net. J'aime aussi tourner la page.

 

8. Le nombre des personnes qui dessinent semble avoir pas mal diminué depuis l’avènement de l'Internet... Ca peut s'expliquer car: 1- Les adolescents étant toujours connectés sur un ordinateur ou un téléphone, ils doivent moins s'ennuyer et ne plus forcément ressentir le besoin de dessiner pour s'occuper... 2- Ceux ayant un besoin de créativité peuvent se tourner vers des logiciels comme Photoshop (Qui permettent de faire très rapidement des choses assez longues, comme remplir un fond uni par exemple...)... 3- Le fait de pouvoir publier très simplement ses gribouillages sur Facebook, et de recevoir des "J'aime", n'est pas forcément motivant pour l'effort et l'amélioration de sa technique (Récompense immédiate)... Quelles sont tes impressions sur la question? Penses-tu que le nombre de gribouilleurs continuera de diminuer, ou crois-tu en les vertus des longues heures de cours au collège, favorables à l'ennui, et donc quelque part à l'expansion du dessin?

LentéChris : Je suis persuadé du contraire, vu comme le secteur de l'illustration semble bien bouché par les temps qui courent ; difficile d'y faire sa place… Pour ce qui concerne l'influence du net sur ce genre d'activité, je n'arrive pas trop à me faire d'opinion ; comme tu dis, on peut poster des gribouillis de merde sur facebook et se faire mousser par des ignares, mais c'est aussi un cas qui peut s'appliquer dans la vie réelle. Cela dit, quand on n'est pas trop con, ça devrait plutôt inciter à continuer de dessiner et à s'améliorer pour se faire mousser encore plus, et qui sait, serrer un paquet de gonzesses !!!!!  Enfin bon, net ou pas net, ça m'étonnerait que ça joue réellement. À mon sens, tant que la culture de l'image subsistera dans la vie réelle et virtuelle, ce qui est toujours le cas, il y aura toujours l'envie chez certaines personnes d'apporter sa pierre à l'édifice - ciel, que tout cela est beau.
 


Moignon!


     



Yves Remords: Tu sembles confondre s'ennuyer et subir. Bien sûr, lorsqu'on subit un cours ennuyeux, on peut avoir recours à la création automatique, dont je parlais tout à l'heure, en griffonnant distraitement sur les pages d'un cahier. Mais ceci n'a rien à voir avec l'ennui qui est à lui-même sa propre fin, à l'instar de la nostalgie, et posséde des corrélations profondes avec la réflexion subjective qu'on peut alors avoir sur soi, de ce qui relève, dans le sujet, de sa sensibilité par opposition aux exigeances universelles de la raison. Le doute, l'angoisse: celui qui s'ennuie, a décidé de s'ennuyer. L'ennui est un acte aux antipodes de la soumission. C'est le désir d'exprimer l'ennui qui peut mener à la création ( " Ce n'est pas dans la jouissance que réside le bonheur, mais dans le désir. Et à briser les freins qu'on oppose au désr." Mais cela est un autre débat...). Et c'est en cela qu'il relève de l'existentialisme, de la métaphysique, la science de l'être en tant qu'être, de l'ontologie. "Sois qui tu es. Sans qu'il te soit besoin de savoir qui tu es. Soit. Cela suffit. Cela est tout". L'existentialisme fait de l'angoisse, inhérente à l'ennui, un sentiment qui révèle la condition fondamentale de chaque individu. Chacun est en effet seul face à lui-même pour décider du sens qu'il donnera à sa vie. Pour ma part je suis plutôt un existentialiste sartrien. Mais agnostique, pas athée. (Dites-moi donc de quel dieu ces gens sont athées! Putain! Je savais qu'on allait en arriver à la théologie. Mais je n'aborderai pas le domaine, avec ce système de vases communicants on y passerait la nuit...). Je considère qu'il y aura toujours des gus qui penseront à se servir de leurs doigts, s'il leur en reste ( Sinon, pas de problème: on se coince un pinceau entre les dents, sous les aisselles ou entre les cuisses.), extension de la main, extension du bras, extension du corps lui-même extension du cerveau, pour autre chose que la branlette ou taper sur les touches d'une console. Artisanat. Voilà le maître-mot. Désuet, suranné et précurseur à la fois, il est le corélat parfait de ce qui risque de se passer dans pas longtemps en matière de création. Ce qui nous attend c'est la re-création. De toute façon tout a déjà été fait ou expérimenté dans tous les domaines. Ne subsiste plus qu'une pitoyable surenchère en toute expression, y compris et surtout, c'est ce qui nous intéresse en l'occurence, dans la création artistique. Je suis persuadé que l'avenir, en matière d'art, ne révélera plus aucune surprise. On a fait le tour de toutes les provocations. C'est dommage, mais plus rien d'inattendu n'arrivera. Mis à part peut-être la prise de conscience, par la créature humaine, cet animal social, de son seul et unique instinct: l'auto-destruction. C'est ce qui se passe au moment même où j'écris ces lignes. Je n'apporte là rien de bien nouveau. De toute façon, on en revient à la nostalgie. Je suis pour ma part un nostalgique du temps où il n'y en avait pas. L'absolue contingence de l'existence rend possible la liberté de l'homme, lequel décide par ses actes et ses choix, du sens qu'il veut donner à sa vie. Mais le chaos est fini, c'était la bonne époque (Ca je l'ai vu inscrit sur les murs des chiottes de Cora, le temple soissonnais de la consommation.). Maintenant, les artistes qui arrivent à faire leur trou sont, soit récupérés, soit de prudents rentiers de l'ennui et de la répétition à outrance de ce qui a déjà été fait et refait et re-refait, qui stigmatise la société (Encore la religion...). L'habitude c'est une façon de mourir sur place. Mourir dans l'action, voilà qui est glorieux et noble. Voilà qui a du panache. Que meure le moignon! Mais à l'heure du trépas il aura tout fait pour faire chier tout ce beau monde. "Ne regrettez pas l'être cher, mais soyez content de l'avoir connu"!!! (Et que ça vous serve de leçon...) Point.

 

9. Es-tu un gros amateur de fanzines, et aurais-tu des fanzines de bande dessinée, ou de dessin underground à nous conseiller? Je sais qu'ils sont parfois un peu difficiles à débusquer, mais une fois qu'on en tient quelques-uns uns, c'est bon, c'est parti et on arrive à en trouver d'autres... J'en profite pour insister, et te redemander des noms! (Et éventuellement, si tu le souhaites tu peux aussi citer de zines musicaux, car on aime bien aussi!)

LentéChris : Eh bien, je vais commencer par faire du chauvinisme et te citer les quelques bédés que Naga a sorti tout seul en fanzine : Acid et Bestial Avenger, qui racontent des histoires de groupes ayant plus ou moins existé, avec des anecdotes truculentes et un humour zicos cher au Naga ; sinon, pour le reste, j'avoue ne pas franchement m'y connaître, j'avais pas mal flashé sur le premier numéro de Zob, un fanzine de bédés assez décalé, mais je n'ai jamais trouvé les suivants ; ils s'étaient peut-être arrêtés là… ? Sinon pour les classiques introuvables, et dans le genre Saint-Graal pour ce qui me concerne, il y a "Elles sont de sorties", fanzine de dessins porno-grimaçants par le génial Bruno Richard et le regretté Pascal Doury, bien expressionnistes pour l'un, étrangement futuristes pour l'autre. Pour la zique il y a aussi Times of Grace, plutôt axé stoner, et Ratcharge, bien punk, même si j'ai peu lu ces deux derniers.

Yves Remords: J'ajoute Viper, fanzine punk fin 70, début 80, pour pas passer pour un total inculte. Mais je doute qu'il soit encore en vie à l'Heure d'aujourd'hui.
 


 

10. Y a-t-il des pré-requis nécessaires pour intégrer votre équipe? J'ai cru lire quelque part que tous les membres du fanzine étaient amputés dans une région bien précise, mais je n'oserais en dire plus...

LentéChris : exact, on leur découpe le rectum, si c'est bien ce à quoi tu pensais.

Yves Remords: Eu égard à mon statut de vétéran et d'inventeur du moignon, mon rectum est toujours intact. Mais j'ai subi une amygdalectomie à l'âge de 12 ans et je suis impuissant ( C'est la vérité vraie!).

 

11. Si le moignon pouvait parler, que nous dirait-il?

LentéChris : rien d'intelligible, il s'est bouffé la langue et le scorbut a eu raison de ses pauvres dents !

Yves Remords: Il se la jouerait probablement shakespearien: " Comment le tombeau où vous m'avez vu si profondément enseveli a-t-il pu soulever le poids de ses marbres énormes pour me recracher à la vie?..."

 

12. Le moignon pourrait-il détrôner chiens, chats, et devenir le meilleur ami de l'homme?

LentéChris : Le Moignon est le chaînon manquant parfait entre le fist et le phallus ; Le Moignon pourrait donc surtout devenir le meilleur ami de la femme.

Yves Remords: Ou des tarlouzes dans ton genre.

 

13. Quels sont vos futurs projets avec le zine? Combien de pages sont prêtes pour le prochain numéro?

LentéChris : Le numéro quatre vient de se mettre en branle ; aucune page n'est prête. Mais on espère les avoir toutes imprimées d'ici à la rentrée...

Yves Remords : Ca y est, c'est fini?... Je vais me mater le clip des Sex Pistols " Belsen was a gas, live" et "One seventeen" des Transplants, fumer une dernière clope, et dodo!


Info: christophe.lente(a)gmail.com